
La cour
Par Daisy Hedwig Liong-A-Kong
Je suis née le 18 septembre 1936 à Paramaribo, dans la Wagenwegstraat. (Après le décès du docteur J.F. Nassy, le nom de la Wagenwegstraat, à partir de la Stoelmanstraat, a été changé en Dr. J.F. Nassylaan et le numéro de la maison est devenu le 111).
Dans la cour se trouvaient onze maisons, trois côté rue et huit dans la cour. Notre famille habitait l'une des maisons côté rue. Contre notre maison, il y avait aussi une habitation, occupée par ma sœur mariée Helouise et son époux, George Jap Tjong, ainsi que leurs deux enfants Ronnie et Jean.
Un horloger nommé Jong-Loy, un imprimeur nommé oncle Louis (Ferrier) et d'autres personnes y vivaient également. Dans la cour se trouvaient aussi 1 pommier, 1 cerisier, 1 bredebon (un homme de parole) et 2 pommiers étoiles, un blanc et un brun.
Il y avait également six latrines, aussi appelées toilettes, kumakoisi's (« petites maisons de commodité ») ou « plee », et un robinet de cour. Il y avait aussi six salles de bain et 1 dot'ipi (tas d'ordures) où les habitants déposaient leurs déchets ménagers. Avant de prendre un bain, il fallait d'abord remplir un bassin d'eau au robinet et vérifier si la salle de bain était libre. Par le portail de la cour, aussi appelé negre doro, les enfants et les autres devaient entrer dans la maison. La porte d'entrée était réservée aux enseignants, aux médecins, aux praticiens (juristes) et aux autres dignitaires.
Nous n’avions pas encore l’électricité à l’époque, donc nous étudiions le soir à la lumière d’une koko lampu. Il n’y avait pas non plus de radio. Pour l’éclairage public, il y avait des lanternes à gaz. Vers 18h00, un employé à vélo venait allumer les lanternes avec un bâton muni d’un crochet. En raison de la fragilité des réverbères, il était interdit de jouer au football dans la rue ; les lampes étaient souvent cassées par les ballons.
Notre maison
La maison se composait d'un rez-de-chaussée et d'un étage. Au rez-de-chaussée, il y avait une chambre pour maman et papa, une pièce de devant où les filles dormaient sur des matelas le soir, une salle à manger et une cuisine (kukru). La cuisine était un espace avec une petite extension dotée d'une fenêtre maintenue ouverte par un bâton. Dans l'extension se trouvait un pot à charbon de bois où l'on cuisait. Pour repasser les vêtements, les fers à repasser massifs étaient chauffés dans le feu du pot à charbon. La salle à manger était aussi appelée gadri ou galerie. On y trouvait une longue table avec un long banc de chaque côté où la famille mangeait joyeusement.
Le toit de notre maison était composé de deux parties : une partie plus haute pour l'étage supérieur et une partie plus basse pour le rez-de-chaussée. Le pommier avait tellement poussé que quelques branches pendaient sur le toit du rez-de-chaussée. Je montais donc souvent l'après-midi apprendre mes leçons sur le toit inférieur et, pendant ce temps, je mangeais des pommes : quelle période riche en apprentissages et en dégustations !
De plus, côté rue de la maison, il y avait trois fenêtres avec des jalousies (volets en bois), dont deux dans la pièce de devant et une dans la galerie. À cette époque, le Suriname ne connaissait pas les barreaux antivol, car il n'y avait pas autant de vols. À l'extérieur, les fenêtres, qui étaient souvent fermées par un verrou, et à l'intérieur, les fenêtres avec des jalousies. Les personnes âgées s'asseyaient souvent derrière les jalousies pour observer qui passait.
À suivre…
Avec mes remerciements à Ricardo Liong qui a aidé à la rédaction

